Et voici que vers eux, comme les musiciens jetaient, parmi les applaudissements, les dernières notes d’une ardente chanson, la marquise de Maulde approchait. Allait-elle donc, à son tour, venir se placer entre Ghislaine et lui ? Il se pencha un peu vers la jeune femme :

— Vous allez peut-être me trouver bien indiscret, madame. Mais ne voudriez-vous pas être infiniment bonne et m’indiquer un jour où je pourrais être reçu par vous, sans que votre salon fût aussi brillamment rempli que ceux-ci ?… Mon séjour en Afrique a achevé de me rendre sauvage et, s’il me semblerait très doux de réveiller avec vous les vieux souvenirs, je serais incapable de le faire en dehors d’un milieu intime… Je suis très ambitieux, n’est-ce pas ? Si je le suis trop, soyez-moi indulgente…

Elle souriait, une douceur profonde dans le regard.

— Vous n’êtes pas ambitieux du tout. Les amis de vieille date ont des privilèges tout particuliers. Voulez-vous venir me voir un mardi, avant cinq heures ? A partir de cette heure-là seulement, mon salon est ouvert à tout le monde.

— Je m’en souviendrai, dès mardi prochain, si vous voulez bien me le permettre, madame.

Elle inclina silencieusement la tête, Mme de Maulde était devant eux ; et, du bout de son éventail, elle effleurait l’épaule du jeune homme, disant :

— Marc, je suis désolée de vous enlever au plaisir de causer avec Mme de Moraines ; mais je vous réclame comme danseur…

— Comme danseur ? madame.

Elle se mit à rire de son air de stupéfaction.

— Oui, mon ami, comme danseur ! Nos jeunes filles, tandis que leurs parents sont au buffet, implorent une valse, jouée par les musiciens tziganes. Et, vu votre âge, vous devez figurer parmi leurs cavaliers !