Elle se détourna et descendit dans la rue, luisante sous la pluie, où la voiture l’attendait…
Elle s’était attardée à réfléchir, et, juste, elle atteignit la gare quelques minutes avant l’arrivée du train. La seule pensée maintenant que, dans un instant, son enfant allait lui être rendue la dominait toute, dissipant l’obscure angoisse qui l’avait fait souffrir. Elle n’avait pas le droit de se plaindre de sa destinée, aimée comme elle l’était par sa petite « Joie » !…
Le train entrait en gare, elle approcha au premier rang de ceux qui attendaient, avec l’intuition du désir de Josette de l’apercevoir tout de suite… Et quand elle-même distingua, dans la foule des arrivants, le jeune visage dont les yeux la contemplaient avec une rayonnante tendresse, quand elle entendit la voix chaude lui murmurer avec un frémissement de bonheur : « Ma Ghislaine, ma maman… Enfin, je vous retrouve !… » quand elle sentit sur son visage les lèvres chaudes qui lui donnaient des baisers, jaillis du cœur même de son enfant d’élection, elle oublia tout ce qui l’avait faite triste : doutes, craintes, déceptions, regrets, scepticisme. Car en Josette elle avait vraiment mis sa joie…
Et elle était aussi profondément heureuse, même aussi gaie que la jeune fille, quand échappées du tumulte de la gare, délivrées du souci des bagages abandonnés à la vieille Anglaise de Josette, elles se retrouvèrent toutes deux en voiture, pouvant enfin goûter la douceur de la réunion.
Comme une enfant, Josette, son bras glissé sous celui de la jeune femme, s’était blottie près d’elle, entremêlant de ses baisers, les questions, les réponses qu’elle jetait au hasard, toute à l’allégresse du retour, avide d’entendre la voix de Ghislaine, de se sentir enveloppée par sa maternelle tendresse. Avec un soupir d’allégement, elle murmura, de cet accent de petite fille aimante qu’elle avait en parlant à la jeune femme :
— Ghislaine, ma maman chérie, que c’est donc bon de vous revoir, de penser que nous n’allons plus être séparées !
Séparées ! Pourquoi ce simple mot réveilla-t-il impitoyablement, dans l’âme de Ghislaine, la pensée oubliée que la jeune fille ne serait plus longtemps près d’elle ?…
Plus forte que sa volonté, une question lui échappa, tandis que sa main caressait les doigts de Josette, glissés dans les siens :
— Alors, ma petite fille n’a pas rencontré à Dieppe celui qui me la prendra ?
A travers le gant de la jeune fille, elle sentit un tressaillement léger des doigts. Alors ses yeux cherchèrent le regard de Josette, — ce regard où elle lisait comme en sa propre conscience…