— Se peut-il vraiment, mademoiselle, que vous me fassiez l’honneur de me reconnaître encore, après tant d’années ?
D’une voix chaude, très jeune, dont le timbre pourtant était un peu grave, elle expliqua :
— Quand M. de Gannes a parlé, vous avez eu une expression qui a, je ne sais comment, jeté votre nom dans ma pensée… Mais il me semble vous avoir déjà rencontré hier… N’est-ce pas vous, monsieur, qui, sur la plage, avez eu l’obligeance d’arrêter mon voile au passage ?
— Josette, qu’est-ce que cette histoire ? jeta involontairement M. de Gannes.
Il avait l’air si stupéfait qu’un sourire amusé retroussa les lèvres de la jeune fille.
— Une histoire toute simple, toute courte, que je veux bien vous dire parce que j’ai pitié de votre curiosité !
En quelques mots, elle la contait, de cette manière spontanée qui lui donnait un charme de vie intense. Puis, se tournant vers Marc, elle continua :
— Je ne me trompe pas, n’est-ce pas ; c’était bien vous ? monsieur.
— C’est moi-même, mademoiselle, qui ai eu le plaisir d’opérer le sauvetage de votre voile…
— Mais ne traitez pas si légèrement le service que vous m’avez rendu ! Grâce au petit chiffon de tulle que vous avez remis en ma possession, j’ai pu continuer d’affronter le vent de tempête et même m’arrêter sur le haut de la falaise pour y regarder encore la mer…