« Pilote, expliquez donc le règlement à ce monsieur », continua-t-il en me tournant le dos.

Le pilote cessa un instant de se curer les dents.

« Moi, je m’en fous ! déclara-t-il. Je charge le client, je l’enlève et je le dépose, un point c’est tout. Arrangez-vous entre vous, sinon je demande un autre client au contrôle. »

N’ayant pas encore reçu d’ordres, j’hésitai une seconde. Je me vis soudain en train de monter dans le taxi. « À La Nouvelle-Orléans, dis-je. Arrêtez-vous à Memphis au passage. »

Le pilote haussa les épaules et signala à la tour de contrôle qu’il était prêt. L’autre passager, après avoir reniflé dédaigneusement, cessa de faire attention à moi.

Une fois en l’air il ouvrit sa serviette et étala ses papiers sur ses genoux. Je l’observai avec indifférence, mais je m’aperçus bientôt que je changeais de position pour dégager plus facilement mon pistolet. Le vieux monsieur allongea brusquement la main et me saisit le poignet.

« Pas si vite, petit ! » dit-il.

Ses traits dessinaient le sourire satanique du Patron.

J’ai normalement des réflexes rapides, mais j’étais handicapé par le fait que toutes mes idées devaient passer de moi à mon « maître », être examinées par celui-ci et revenir de lui à moi, transformées en impulsions motrices. Combien de délai cela représente-t-il ? Je n’en sais rien. Au moment où je tirais mon arme, je sentis le bout d’un pistolet appuyé contre mes côtes.

« Du calme ! » dit-il.