« Tenez, dis-je, en lui montrant du doigt l’intérieur de l’autavion. Il est attaché là-dessous. »

Il hésita, puis y jeta un coup d’œil. C’en fut assez pour que je puisse employer la technique que la nécessité m’avait enseignée. Ma main gauche s’abattit entre ses épaules et je serrai de toutes mes forces.

Il eut un spasme si brutal qu’il parut exploser. Je sautai dans mon autavion et démarrai avant même qu’il n’ait roulé sur le sol.

Il était temps ! Les spectateurs renoncèrent soudain à leur mascarade comme cela s’était passé déjà dans le bureau de Barnes. La foule se referma sur moi. Une femme s’accrocha par les ongles à ma carrosserie et parcourut une quinzaine de mètres avant de lâcher prise. J’avais déjà gagné de la vitesse et continuais à accélérer. Je me faufilai dans le flot de la circulation, tout prêt à prendre l’air, mais gêné par le manque d’espace.

Une rue s’ouvrait à ma gauche et je m’y précipitai. C’était une erreur, car elle était bordée d’arbres dont les branches formant voûte m’empêchèrent de décoller. À la rue suivante, ce fut pis encore. Je me trouvai contraint de ralentir. Je roulais maintenant à une allure normale pour la ville, et guettais toujours un boulevard assez large pour un décollage illégal. Je commençais à reprendre mes esprits, et je m’aperçus qu’on ne semblait pas me poursuivre.

La connaissance que j’avais acquise de la psychologie des « maîtres » me servit. Sauf dans les cas de « conférences directes », un titan vit en son porteur, et par son porteur ; il voit ce que voit le porteur, il capte et utilise les informations que son porteur reçoit, soit de ses organes sensitifs, soit de toute autre manière. Il était bien improbable qu’à l’exception du flic, les larves qui se trouvaient autour de moi m’aient particulièrement recherché ; j’avais donc réglé son compte au plus dangereux de mes adversaires.

Certes les autres parasites présents allaient maintenant se mettre à ma recherche – mais ils ne disposaient que des ressources physiques et des moyens d’action de leurs porteurs. J’en conclus que je n’avais pas besoin de les traiter avec plus de respect qu’une foule de badauds ordinaires, rendus fortuitement témoins d’un incident de rue ; je n’avais qu’à les dédaigner, changer de quartier et oublier toute l’affaire.

Il ne me restait à peu près qu’une demi-heure ; j’étais déjà arrivé à la conclusion qu’il me fallait absolument ramener avec moi la preuve de mes dires sous la forme d’un prisonnier – d’un possédé qui pourrait raconter ce qui était arrivé à sa ville. Il me fallait capturer un porteur – et le prendre vivant.

Il ne fallait ni lui faire de mal, ni le tuer, ni lui enlever son « maître » avant de l’avoir ramené à Washington. Je n’avais pas le temps de faire des plans détaillés ; il me fallait agir immédiatement. Au moment même où je prenais ma décision, j’aperçus, un peu plus loin dans la rue, un homme qui avait la démarche de quelqu’un en train de rentrer chez lui pour dîner. Je m’arrêtai le long du trottoir à sa hauteur. « Hep ! » lui criai-je.

Il s’arrêta.