Leur organisation était bien plus ingénieuse que celle que nous avions imaginée au Club de la Constitution. Il y avait des rangées de cellules porteuses étalées sur une table, déjà ouvertes et réchauffées. Le deuxième individu en tenait une toute prête, et je savais qu’il me la destinait. Il en tenait l’ouverture tournée vers lui pour que je ne puisse pas voir la larve. Des cellules porteuses n’avaient pas en elles-mêmes de quoi effrayer les victimes : on sait bien que les toubibs se servent toujours d’un tas d’instruments bizarres.

On me pria de coller mes yeux aux oculaires d’un banal appareil à mesurer l’acuité visuelle. Le médecin allait me maintenir là, aveuglé, et sans même que je m’en doute, pendant que je lirais des séries de chiffres, son aide me collerait un « maître » sur le dos. Le tout devait se passer sans violences, sans à-coups, sans protestations.

Ma propre période de servitude m’avait appris qu’il fallait d’abord découvrir le dos de la victime. Il suffisait de poser le « maître » sur la nuque de sa victime et de laisser ensuite la nouvelle recrue rajuster elle-même ses vêtements pour dissimuler la larve qui la chevauchait.

« Par ici, répéta le docteur. Mettez vos yeux aux oculaires. »

Je m’approchai vivement de la table où était monté l’appareil de mesure et fis un brusque demi-tour.

L’assistant s’était avancé, sa cellule-porteuse toute prête dans la main. Au moment où je me retournai, il la mit derrière son dos pour m’empêcher de la voir.

« Docteur, dis-je, je porte des verres de contact. Faut-il les ôter ?

— Mais non, mais non, dit-il sèchement. Ne perdons pas de temps.

— Mais, docteur, insistai-je, je voudrais que vous voyiez s’ils me vont bien. Depuis quelque temps celui de gauche me donne des ennuis…»

Je levai les deux bras et soulevai la paupière gauche. « Vous voyez ?