Quand, à la fin d'avril, son oncle lui annonça que le médecin autorisait enfin leur départ, elle demeura anéantie.

—Que crains-tu? demanda M. de Chambrais, se méprenant sur la cause de son émotion.

—Je ne crains rien.

—Je t'assure que tu es aussi fraîche que l'année dernière à pareille époque; à vrai-dire même, tu es peut-être en meilleure santé, fortifiée par ce bon air de la mer; personne en te voyant ne pourra avoir le plus léger soupçon.

—Si vous trouvez que cet air est si bon, pourquoi partir?

—L'été va rendre le pays inhabitable: et d'ailleurs une plus longue absence serait impossible à expliquer, elle n'a que trop duré. Je comprends que décidément j'ai eu tort de te laisser voir cette petite tous les jours. Ne me fais pas repentir de ma faiblesse. Si la nourrice l'avait enlevée le premier jour, comme il était convenu, tu accepterais aujourd'hui notre départ sans penser à le retarder.

—C'est vrai; à ce moment, je le trouvais jusqu'à un certain point naturel, aujourd'hui, il me paraît impossible.

—Impossible?

—A ce moment, cette enfant ne représentait pour moi qu'un sentiment confus, aujourd'hui elle est ma fille.

—Dis qu'elle est celle de ce misérable.