—Ah! tu as remarqué que j'insistais.
—Avec inquiétude, et cette insistance rapprochée des questions que vous m'adressez à chaque instant sur ma santé est la preuve que vous craignez quelque chose de grave. Ce quelque chose, devez-vous me le dire, au contraire devez-vous me le cacher? C'est ce que mon angoisse me pousse à vous demander.
Avant qu'il pût répondre, elle continua:
—A chaque instant, je sens votre sollicitude et vos prévenances pour adoucir les douleurs de ma situation, et si, depuis notre départ de Paris, j'ai pu me laisser distraire au lieu de rester toujours absorbée dans la même pensée, c'est à cette sollicitude, à votre tendresse que je le dois; mais enfin vous ne pouvez pas faire que ce qui est ne soit pas. Peut-être ce que je vous demande me l'avez-vous déjà dit, quand vous m'avez expliqué qu'il se pourrait que nous fussions empêchés de revenir à Chambrais avant plusieurs mois, et qu'alors nous irions à l'étranger, où nous attendrions. Mais j'étais à ce moment si bouleversée, si peu en état d'entendre et de comprendre, que je ne sais quel sens attacher à ces paroles qui ne sont peut-être pas les vôtres précisément.
—Au moins est-ce leur sens.
—Pardonnez-moi de vous questionner. Sans doute, je devrais attendre; mais à bout d'anxiété, j'imagine que la vérité, si cruelle qu'elle soit, ne peut pas être pire que le doute; sans savoir rien, j'imagine tout, et ce tout me jette dans l'affolement: je vous assure qu'il y a des heures où je me demande si j'ai ma tête.
—Tu as raison, il faut s'expliquer, et je l'aurais fait déjà, n'était la difficulté, avec une chaste fille comme toi, de prononcer certaines paroles.
Elle lui prit la main et l'embrassant:
—Sûre de votre appui et de votre affection, je suis peut-être plus forte que vous ne pensez.
—Ce n'était pas de toi que je doutais, c'était de moi; tu me montres ce que je dois faire, comme une brave que tu es.