—Je ne partirai pas.

—Eh bien! moi, je pars.

Mais elle n'avait point fait deux pas vers la porte que, se relevant, il se plaça devant elle les bras étendus:

—Vous ne passerez pas.

Elle recula.

—Ne comprenez-vous pas que si je me suis décidé à cette résolution désespérée, c'est que je ne suis pas maître de mon amour, c'est lui qui m'a amené ici contre toute raison, contre ma volonté, c'est lui qui m'oblige à parler: je vous aime, je vous aime, je vous aime.

—Mais c'est cela que je ne veux pas entendre.

—Et moi, c'est cela que je veux dire, redire, répéter. Je vous aime. Et quel mal, quel outrage vous fait mon amour? il ne demande rien que de ne pas rester ignoré. Vous savez que je vous aime, je vous vois, je suis heureux.

—Eh bien! je le sais, partez.

—Oui, je partirai puisque ma présence ici vous jette dans cet émoi, mais pas avant que vous ne m'ayez promis que cet aveu ne changera rien à ce qui est. Je comprends que vous soyez blessée, qu'un homme payé par vous, qui est à vos ordres, ait osé lever les yeux jusqu'à vous, mais si cet homme n'est aujourd'hui qu'un pauvre musicien, l'espérance cependant lui est permise.