—C'est ce que nous verrons.

—J'en appelle à votre expérience: entre le personnage que je viens d'esquisser et la comtesse d'Unières entourée d'estime et de respect, vous sentez bien qu'il n'y aurait même pas de doute.

—Je vous répète que c'est à voir: quand j'aurai fait dresser l'acte de reconnaissance avec indication du nom de la mère, quand j'aurai notifié cet acte avec sommation d'avoir à me remettre ma fille, enfin quand j'aurais commencé le procès en recherche de maternité, nous verrons si madame d'Unières restera la femme entourée d'estime et de respect que vous dites; et nous verrons si vous avez eu raison de vouloir la guerre quand, de mon côté, je demandais que la paix.

—Encore un mot, le dernier: quand on se prépare à la guerre, il ne faut pas donner d'armes à ses adversaires...

Il prit sur son bureau la lettre de Nicétas et la lui montrant:

—... Et pour commencer on ne leur livre pas des pièces qui vous placent sous le coup de certains articles du code pénal pour usurpation de nom et de titre. J'ai dit. Vous réfléchirez.

Cette fois le notaire ne se leva pas de son fauteuil, et n'adressa pas la moindre inclinaison de tête à Nicétas qui sortit furieux.

Positivement il avait été abasourdi par cette vieille momie en cravate blanche, au parler calme et doux qui prenait ses arguments dans la loi, comme un chirurgien ses couteaux et ses scalpels dans sa trousse. Que répondre à un homme qui à chaque instant vous parle de la loi et du code? Il ne la connaissait pas, lui, cette loi qu'on lui jetait dans les jambes à chaque pas: avec lui on avait beau jeu, colin-maillard, aux yeux bandés, il ne pouvait que s'arrêter quand on lui criait «casse-cou».

Voyant son ignorance, le notaire avait voulu l'intimider; et s'il se trouvait du vrai dans tout ce qu'il lui avait dit, il devait s'y trouver une bonne part de faux.

Comment s'y reconnaître? Là était l'embarras pour lui, mais non le découragement, car pour être battu d'un côté il ne renoncerait pas à la lutte; toutes les arguties, toutes les roueries du notaire et des avocats ne feraient pas que Claude ne fût pas sa fille.