Le notaire se remit en route, après avoir transmis ces renseignements à son cocher.

Le village traversé et la côte montée, il aperçut dans la plaine la maison aux volets verts qui lui avait été indiquée; assis sur un banc devant une petite table, au bord de la route, un vieillard, aux cheveux blancs et au visage rouge congestionné, était occupé à se confectionner gravement un grog dans un grand verre; de sa main gauche il tenait par le poignet son bras droit qui tremblait terriblement en choquant la bouteille d'eau-de-vie contre le verre.

Vraisemblablement le vieillard était Soupert, bien qu'il ne le reconnût qu'à grand'peine, mais il fit arrêter sa voiture comme s'il n'avait pas le plus léger doute, et vint à lui la main tendue:

—M. Soupert.

Soupert le regarda sans le reconnaître.

—Maître Le Genest de la Crochardière, notaire.

—Ah! vraiment! Asseyez-vous donc, cher monsieur.

Et Soupert, qui avait déjà été sauvé du naufrage par deux héritages inespérés, s'imagina que c'en était un troisième qui lui tombait du ciel.

Le notaire s'était assis sur le banc, à côté de Soupert.

—Vous allez prendre un grog, dit celui-ci, qui n'admettait pas qu'un entretien pût commencer autrement.