Ce n'était point de cette façon qu'il procédait quand un voyage l'obligeait à une séparation: à l'avance il la prévenait en lui expliquant les raisons qui semblaient rendre ce voyage indispensable, il la consultait; et le plus souvent c'était elle qui, en fin de compte, le forçait à partir. Pourquoi, cette fois, avait-il agi comme s'il se sauvait et la fuyait?
Comme elle se débattait contre des suppositions sans rien trouver de raisonnable, un valet de chambre lui remit une carte sur laquelle elle lut: «Prince N. Amouroff.»
Elle ne connaissait pas ce nom qui ne lui disait rien.
—Vous avez donc dit que j'étais visible? demanda-t-elle contrariée.
—La personne qui m'a remis cette carte savait que madame la comtesse était au château; j'ai cru qu'elle était attendue.
Ghislaine, dans l'état d'agitation où elle se trouvait, n'était pas disposée à recevoir; mais pensant que ce prince Amouroff venait sans doute pour voir son mari, elle ne voulut pas le renvoyer, le voyage de Paris à Chambrais méritant quelques égards.
Elle était à ce moment dans la bibliothèque, assise dans le fauteuil de son mari, devant la table de celui-ci, se préparant à lui écrire en se servant de sa plume et de son buvard.
—Où est cette personne? demanda-t-elle.
—Dans le salon d'attente.
Elle sortit de la bibliothèque, et traversant le vestibule, précédée du valet qui ouvrait la porte, elle entra dans ce salon.