Le temps avait marché: on célébrait son mariage avec le comte d'Unières, dans l'église Saint-François Xavier; elle avait la toilette ordinaire des mariées, la robe de satin blanc et le voile en point d'Alençon. Mais le comte était en prince Charmant, celui de la Belle au Bois dormant, tel qu'elle l'avait vu dans les dessins de Doré: justaucorps de satin rose, toque à plumes, épée; en même temps, par un dédoublement de personnalité tout naturel dans un songe, elle assistait au baptême de son premier né.
Ce n'était point l'habitude de Ghislaine d'être distraite pendant ses leçons; mais le lendemain, quand M. Lavalette commenca son explication de Chatterton, elle montra une inattention qui frappa lady Cappadoce: évidemment, il se passait quelque chose d'extraordinaire.
Quand, la leçon finie, M. Lavalette se retira, la gouvernante l'accompagna jusque dans la cour où attendait la voiture qui devait le reconduire à la station.
—Je suppose, dit-elle en marchant près de lui, que vous avez remarqué le trouble de votre élève?
—Mon Dieu non, répondit le professeur qui n'était pas homme à remarquer quoi que ce fût quand il s'écoutait parler.
—C'est à peine si elle vous a entendu.
—Vraiment?
—Son esprit était ailleurs, et il n'y a rien d'étonnant à cela avec un pareil sujet.
—Mais il est anglais, ce sujet.
—Non, monsieur; dites que les personnages ont des noms anglais, je vous l'accorde, mais pour les sentiments, les idées, les moeurs, les actions, ces gens-là sont des Français, et voilà le mal, le danger: croyez-vous qu'un pareil sujet, traité comme il l'est, ne soit pas de nature à éveiller les idées d'une jeune fille?