Il la prit dans ses bras et l'embrassa doucement:

—Une idée qui m'est venue pendant mon voyage au lieu de penser à mon discours, j'étais avec toi et me disais que ce malaise pourrait être un indice heureux.

—Pauvre ami! murmura-t-elle tristement.

—Pourquoi non? Nous est-il donc interdit d'espérer! Tu as trente ans, j'en ai trente-sept. Ce n'est pas la première fois qu'en te voyant indisposée je me suis réjoui. Sais-tu que j'ai étudié les signes caractéristiques de la grossesse, signes rationnels et signes sensibles, signes incertains, probables, certains, et que sur ce sujet j'en sais peut être autant que bien des médecins? Enfin ce malaise n'a pas persisté.

—Pas du tout; et je suis sûre que rien ne m'empêchera d'aller demain à Paris; je profiterai de ce voyage pour faire quelques courses indispensables. Quand dois-tu parler?

—Si je parle, ce sera au commencement de la séance.

—Eh bien! après ton discours, je quitterai la Chambre, de manière à ne pas te faire attendre pour revenir ici.

Les choses s'arrangèrent ainsi, elle assista à la première partie de la séance, puis, quand le comte eut parlé, elle quitta la tribune et revint rue Monsieur.

Par son contrat de mariage, il avait été stipulé qu'elle toucherait une pension pour ses besoins personnels; mais dans l'étroite intimité où elle vivait avec son mari, jamais cette clause n'avait été observée: tout entre eux se partageait en commun; ne faisant qu'un de coeur et d'esprit, ils n'avaient qu'une fortune, qu'ils employaient selon leurs besoins, se consultant le plus souvent avant d'engager une dépense, ou, s'ils n'avaient pas le temps, s'en rendant compte après qu'elle était faite.

Dans ces conditions, elle ne pouvait donc pas prendre une somme un peu importante sans en parler à son mari; aussi n'était-ce point de cette façon qu'elle espérait se procurer l'argent nécessaire au rachat de Claude.