—Enfin, que demandez-vous? dit-elle.

—C'est bien simple, répondit-il. Ou Claude occupera prés de vous, dans votre maison, la place à laquelle elle a droit par sa naissance, ou je la prends près de moi.

—Vous la prenez!

Ce cri qui lui avait échappé la trahissait par l'intensité de son émoi; elle voulut l'atténuer en l'expliquant:

—Et comment prenez-vous un enfant qui n'est rien pour vous et pour qui vous n'avez jamais rien été?

—En la reconnaissant pour ma fille par un acte authentique.

—C'est impossible.

—Permettez-moi de ne pas m'incliner devant vos connaissances juridiques; c'est au contraire parfaitement possible et même très facile. Pour contester cette reconnaissance, si telle était votre intention, il faudrait que vous eussiez un état-civil en règle à m'opposer, avec indication du père et de la mère; et je ne crois pas que ce soit votre cas; les précautions que vous avez prises pour cacher la naissance de l'enfant disent le contraire. Cependant, si je me trompe, vous n'avez qu'à produire cet acte de naissance, et je me reconnais battu. Mais vous ne le produirez point, n'est-ce pas?

Il attendit un moment, et comme elle ne répondait pas, il poursuivit:

—Chez vous, elle trouve une existence brillante, riche, et aussi, je l'espère, heureuse par les soins et la tendresse de sa mère. Près de moi, elle n'est associée qu'à une vie de travail et de lutte, mais elle est aimée, passionnément aimée par un père qui n'a pas d'autre affection; sous une tendre direction son coeur se forme en même temps que son esprit; et comme elle est la légataire de M. de Chambrais, elle ne souffre pas de ma pauvreté.