—Trois ans. Dis plutôt sept ans. Comment ta mémoire si ferme peut-elle se tromper de tant d'années?

—Sans doute, je fais une confusion.

—Ne cherche pas, je vais vérifier.

Quittant sa table, il passa dans une pièce voisine qui servait d'annexe à la bibliothèque.

Alors elle se jeta sur la lettre, et d'un coup d'oeil la lut, puis vivement elle la mit dans sa poche.

Il n'était que temps, le comte rentrait, il vint à elle.

—Je te fais mes excuses, dit-il, tu étais plus près que moi de la vérité; il y a quatre ans.

Comme elle avait ordinairement le triomphe modeste, il ne s'étonna pas qu'elle ne répondît point, et tranquillement il retourna à son travail. Il fallait qu'elle prît un parti, et tout de suite, puisque c'était pour le lendemain même qu'il fixait son rendez-vous.

S'attendant depuis son mariage à le voir surgir d'un moment à l'autre, elle avait bien des fois examiné la question de sa défense, et elle s'était toujours dit qu'alors elle devrait avoir recours à cette arme dont son oncle lui avait parlé avant de mourir.

Quelle était cette arme? Elle ne le savait pas au juste. Une lettre sans doute qui lui fermerait la bouche s'il voulait parler; mais quelle qu'elle fût, elle devait être efficace puisque son oncle lui avait recommandé d'en faire usage; il fallait donc qu'avant tout elle la réclamât au notaire chez qui elle était déposée et que tout de suite elle allât à Paris.