Pour ne pas provoquer l'attention, car son plan n'était pas arrêté, il devait être prudent; il gagna doucement la porte et il se promena sur le parvis en attendant la fin des vêpres. Ce fut seulement quand on commença à sortir qu'il se rapprocha du porche de façon à ce qu'elle dût passer devant lui.
En effet, elle ne tarda pas à paraître au bras de son mari, s'entretenant avec lady Cappadoce qui marchait près d'elle, tout en répondant d'une inclinaison de tête et d'un sourire affable aux saluts qu'on lui adressait à gauche et à droite. Elle était si bien absorbée dans son entretien et ses politesses qu'elle ne le vit point, ou tout au moins qu'elle ne le remarqua pas.
Mais il n'en fut pas de même du comte d'Unières qui, en apercevant cet inconnu, tourna la tête vers lui; quand leurs yeux se croisèrent, Nicétas eut un mauvais sourire, et tout bas ses lèvres répétèrent le mot qu'il avait déjà dit plusieurs fois.
—Imbécile.
Mais il dut reconnaître que, pour la tournure et les manières, cet imbécile n'était pas le premier venu.
Il ne quitta sa place que lorsqu'il les eût vus disparaître dans la rue qui conduit au château.
Peut-être celle pour laquelle il était dans ce village, sa fille avait-elle passé devant lui, mais parmi les fillettes qu'il avait vues, comment l'eût-il devinée? C'était son enquête qui devait la lui faire connaître.
Cette enquête, bien entendu, il n'allait pas la commencer en interrogeant tout simplement et tout franchement les gens qu'il rencontrerait, ce qui, avec des paysans, serait le meilleur moyen de ne rien apprendre, en même temps que ce serait le meilleur aussi de se trahir.
—De quel droit, à quel titre s'occupait-il de cette petite fille? Qui était-il? Que voulait-il?
Ces manières primitives n'étaient point de son âge; l'épreuve qu'il avait faite de la vie lui en avait appris d'autres moins naïves et plus sûres.