Mais il poursuivait, l'entraînant doucement dans l'allée où, sur la mousse veloutée, elle traînait les pieds sans avoir la force de les lever.
—Certainement la venue d'un enfant naturel dans une famille est grave, mais....
Elle trébucha.
—Appuie-toi sur moi, dans ton émotion tu ne regardes pas à tes pieds; vois comme cette petite te tient au coeur, je ne connaîtrais pas ta tendresse pour elle que j'en sentirais toute la force en ce moment. Revenant à notre sujet, je disait donc que par le seul fait de l'institution de Claude comme légataire universelle, M. de Chambrais l'avait reconnue pour sa fille.
—Ah!
—....Et que dans ces conditions tu n'as pas à cacher les sentiments affectueux qu'elle t'inspire.
Elle était éperdue, affolée, un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres contractées.
—Évidemment j'aurais dû m'expliquer avec toi là-dessus, le jour même de l'ouverture du testament; si je ne l'ai point fait, c'est, je le répète, par un sentiment de respect pour la mémoire de ton oncle; mais aujourd'hui ce respect, exagéré, j'en conviens, n'est plus de mise, et ce n'est pas porter atteinte à cette mémoire que d'accepter une parenté connue de tout le monde... à un certain point de vue c'est le contraire plutôt; n'est-ce pas ton sentiment?
—Oui... sans doute; je n'ai jamais pensé à cela.
—Je le sais bien, et comme tu n'as pas attendu l'ouverture du testament pour t'attacher à l'enfant, il est certain que la parenté n'a pas été tout d'abord la cause exclusivement déterminante de ton affection; si tu as été à elle inconsciemment pour ainsi dire, ça été parce que nous n'avons pas d'enfants; ton affection a été celle d'une maternité qui n'a pas d'aliment. Est-ce vrai?