—C'est de son rôle politique que vous voulez parler? Il faudrait voir.
—Est-ce que la place qu'il s'est faite à la Chambre ne dit pas ce qu'il vaut?
—J'ai connu, en Angleterre, de grands orateurs qui étaient de pauvres caractères.
—C'est que justement le caractère chez M. d'Unières est à la hauteur du talent.
—Comme vous le défendez! Si l'on vous entendait parler de lui sur ce ton, personne ne croirait que cette nouvelle est fausse.
—Et cependant elle l'est, dit Ghislaine nettement, de façon à en rester là.
Si elle était fâchée des attaques de lady Cappadoce, dont le but ne se trahissait que trop visiblement, elle ne l'était pas moins contre elle-même. Au lieu de défendre M. d'Unières et de confesser maladroitement ses sentiments, n'aurait-elle pas mieux fait d'écouter sa gouvernante, et la laisser le montrer tel que celle-ci le voyait?
X
Depuis longtemps déjà tout le monde admettait que le comte d'Unières était le fiancé de la princesse de Chambrais, tout le monde parlait de leur mariage, et c'était un étonnement que la date n'en fût pas encore fixée; cela était si bien accepté que quelques prétendants, qui avaient pensé un moment à se mettre sur les rangs, s'étaient retirés. A quoi bon persévérer, puisque le choix était arrêté!
Cependant, alors qu'on les mariait ainsi, pas une parole d'amour ne s'était encore dite entre eux, bien que l'assiduité de d'Unières se fût continués aussi constante à Paris qu'à Chambrais, et qu'il n'eût pas manqué une seule des réunions de chasses en plaine que le comte avait organisées à l'automne, ni celles des chasses à courre qui les avaient remplacées en hiver.