—Franchement, oui.
—Eh bien, franchement aussi, je ne sais si le secret professionnel me permet de vous répondre.
L'agent, qui n'était pas bête, sentit tout de suite à qui il avait affaire, et, au lieu de s'abandonner à l'envie de rire qu'avait provoquée cette réponse faite noblement, par ce bonhomme dont la longue barbe noire touffue et la calvitie accentuaient la gravité, il prit une figure de circonstance:
—C'est à discuter, dit-il.
—Alors discutons: un client confiant dans ma probité et ma discrétion me donne un pantalon à faire; il me paye comme il convient, sans rien rabattre et au jour dit; les choses se passent entre nous loyalement; je lui donne un bon pantalon honnêtement confectionné, il me paye en bon argent. Nous sommes quittes; ai je le droit ensuite, par des paroles imprudentes ou autrement, de fournir des armes contre lui? Le cas est délicat.
—Mettez-vous l'intérêt de l'individu au-dessus de celui de la société?
—Quand il s'agit du secret professionnel, oui. Où irions-nous si l'avocat, le notaire, le médecin, le confesseur, le tailleur pouvaient accepter des compromissions sur ce point de doctrine? A l'anarchie tout simplement, et, en fin de compte, ce serait l'intérêt de la société qui en souffrirait.
L'agent, qui n'avait pas de temps à perdre, commençait à s'impatienter.
—Je vous ferai remarquer, dit-il, que le tailleur, quelle que soit l'importance de sa profession, n'est pas tout à fait dans les mêmes conditions que le médecin ou le confesseur, qui ne tiennent pas une comptabilité pour ce que leur confient leurs clients. Vous, n'est-ce pas, vous avez un livre sur lequel vous inscrivez les commandes de vos clients?
—Certainement.