—Non.
—Je vais vous conduire.
C'était un second témoin dont Saniel n'avait garde de refuser le concours.
Quand il eut envoyé son mandat à Jardine, il n'avait plus rien à faire à Monte-Carlo, et comme il ne pouvait partir que le soir, à onze heures, il resta désoeuvré, ne sachant à quoi employer son temps. Alors il acheta un journal de Nice et alla s'asseoir dans le jardin, sous un bec de gaz, en face de la mer tranquille et sombre. Peut-être trouverait-il dans ce journal quelque dépêche télégraphique qui lui apprendrait ce qui s'était passé rue Sainte-Anne depuis son départ.
Il chercha assez longtemps; puis à la fin du journal, aux Dernières nouvelles, il lut: «Le crime de la rue Sainte-Anne paraît entrer dans une voie nouvelle; des recherches faites avec plus de soin ont amené la découverte d'un bouton de pantalon auquel adhère un morceau d'étoffe. Il est donc démontré qu'avant le crime il y a eu lutte entre la victime et son assassin. Comme ce bouton porte certaines lettres et certaines marques, c'est un indice précieux pour la police.»
Cette preuve d'une lutte entre la victime et son assassin fit sourire Saniel: si la police entrait dans cette voie, elle ferait un joli bout de chemin avant d'arriver à un résultat. Qui pouvait savoir depuis combien de temps ce bouton se trouvait dans cette pièce peu balayée? De qui provenait-il?
Tout à coup, quittant brusquement son banc, il entra dans un bosquet et vivement il se tâta: n'était-ce pas lui qui avait perdu ce bouton?
Mais il fut bien vite honteux de ce mouvement inconscient: le bouton que la police était si fière d'avoir découvert ne lui appartenait point; ce ne serait pas à lui que conduirait la nouvelle voie sur laquelle elle venait de s'engager.
XVII
Le mardi, un peu avant cinq heures, Philis, comme elle l'avait promis, sonnait à sa porte; et il sortait de son laboratoire, où il s'était remis au travail, pour aller lui ouvrir.