Et cependant il fallait avancer du côté de Michel, aussi bien que du côté de madame de la Roche-Odon, de manière à les bien tenir l'un et l'autre au moment où, ayant réussi pour l'obtention du titre de comte, on pourrait quitter Rome.
Le temps qu'on aurait ainsi employé loin de Condé et surtout loin de la Rouvraye serait toujours trop long; il ne fallait donc pas l'allonger encore, car, bien que madame Prétavoine reçût chaque semaine des lettres de l'abbé Armand et de l'abbé Colombe, et aussi de deux autres personnes en état de savoir ce qui se passait à la Rouvraye, elle n'était nullement rassurée, ayant laissé un ennemi dangereux près de Bérengère.
Où en étaient les choses entre cette jeune imprudente et ce Richard de Gardilane?
Que disait, que faisait Sophie?
Terribles questions pour elle, qui souvent rendaient bien longue sa nuit sans sommeil.
XVII
Si madame Prétavoine avait pu apprendre l'entière vérité sur ce qui se passait à la Rouvraye, d'une part entre Bérengère et le capitaine Richard de Gardilane, et d'autre part entre ce dernier et le comte de la Roche-Odon, elle se fût assurément décidée à retourner aussitôt à Condé, malgré les intérêts qui la retenaient à Rome.
Mais en dépit des précautions qu'elle avait eu soin de prendre avant son départ, elle n'était et ne pouvait être que très-imparfaitement renseignée.
Par l'abbé Armand elle savait à peu près ce qu'on avait dit le jeudi à la table du comte de la Roche-Odon.
Par l'abbé Colombe, elle était tenue au courant de ce qui, dans la semaine, s'était passé à Bourlandais et spécialement à la Rouvraye.