Quand madame Prétavoine se présenta avec Aurélien, il fut parfait de bonne grâce et d'affabilité pour celui-ci.
Il est vrai qu'il éprouva une certaine surprise en voyant un jeune homme élégant dans sa mise, correct dans sa tenue, au lieu du lourdaud qu'il s'attendait à trouver.
Il le fit asseoir vis-à-vis son fauteuil, et comme il avait suffisamment regardé la mère, lors des premières visites de celle-ci, ce fut le fils qu'il regarda et qu'il examina.
Le pied était petit, mais un peu trop court, la main était soignée, le geste était étudié, le regard habilement voilé ne disait rien, quoiqu'il pût, à l'occasion et selon la volonté, exprimer la béatitude ou la moquerie.—Ce garçon-là aussi était quelqu'un, et il n'y avait aucune outrecuidance à demander la noblesse pour lui.
—Allons, tant mieux, se dit l'évêque; si intellectuellement le fils vaut la mère, la comédie sera bien jouée.
Puis, tout de suite, s'adressant à madame Prétavoine, il lui expliqua pourquoi il avait désiré la voir.
—La nécessité où nous sommes d'attendre plus ou moins longtemps le modèle de l'église d'Hannebault, va prolonger votre séjour à Rome au delà des limites que vous vous étiez peut-être fixées. Dans ces circonstances, j'ai pensé que la vie d'hôtel vous serait fatigante.
—Elle nous l'est déjà, dit Aurélien, et nous songions à prendre un appartement.
—Je ne vous engage pas à cela, il faudrait vous faire servir et vous auriez des ennuis de toutes sortes. Mais nous avons ici une maison respectable dans laquelle vous pourriez trouver le calme uni au bien-être qui vous sont nécessaires. Cette maison, qui n'est point un hôtel, qui n'est même pas une maison meublée, car elle ne s'ouvre pas devant tous ceux qui frappent à sa porte, est tenue par deux vieilles demoiselles françaises dont vous avez sans doute entendu parler: les demoiselles Bonnefoy.
La mère et le fils firent un même signe pour dire qu'ils n'avaient pas l'honneur de connaître les demoiselles Bonnefoy.