Plus d'arbres, plus d'arbustes, des collines nues et des champs onduleux que recouvre à peine une herbe maigre et jaunie; pas de villages, pas de fermes, pas de maisons, çà et là seulement une ruine ou l'arche croulante d'un aqueduc effondré.
Cependant les yeux courent curieusement sur ces mornes solitudes.
C'est la campagne romaine!
Et ces boeufs gris, aux longues cornes fines et écartées qui se promènent en troupeaux à travers ces pâtis, sont les descendants de ceux qu'Attila et ses Huns laissèrent en Italie lorsqu'ils reculèrent effrayés devant le pape Léon Ier, ainsi que cela résulte du tableau de Raphaël qu'on verra bientôt dans la chambre d'Héliodore.
Il est rare que dans les trains qui d'Ancône, de Florence et de Pise se dirigent vers Rome, c'est-à-dire dans ceux qui portent des étrangers, cette curiosité ne se manifeste pas une heure ou deux avant l'arrivée, et souvent même plus tôt encore.
Dans un de ces trains venant d'Ancône pour arriver à Rome vers huit heures du matin, une dame d'une cinquantaine d'années, vêtue et gantée de noir, à l'air discret et recueilli, s'était collée à la glace de son wagon dès la station d'Orti.
De temps en temps elle cessait de regarder le paysage motivant qui se déroulait devant elle dans les brumes confuses de l'aube, pour tourner les yeux vers un jeune homme qui, à demi étendu sur la banquette vis-à-vis d'elle, dormait à poings fermés.
Plusieurs fois elle s'était penchée sur lui, mais il ne s'était point réveillé.
Il était évident qu'elle trouvait ce sommeil intempestif.
Enfin, n'y tenant plus, elle posa doucement sa main sur le poing fermé du dormeur.