—Alors c'est donc l'enfant aux deux berceaux.
—Encore trop de hâte, attends un peu avant de les numéroter ainsi, l'histoire n'est pas finie. Voilà l'enfant couché dans le berceau n° 2, et il va s'endormir, lorsque la porte de la chambre de l'accouchée s'ouvre de nouveau devant un troisième berceau. Celui-là est horrible, et tel qu'une bourgeoise du Marais n'en voudrait pas. En le voyant la princesse laisse échapper un geste d'horreur. Coucher son enfant dans une pareille boîte, jamais, jamais. Cependant sa femme de chambre, sa confidente lui présente une enveloppe cachetée d'un large cachet de cire rouge, et qui vient d'être remise en même temps que le berceau, avec recommandation expresse de la porter immédiatement à la princesse. Celle-ci ouvre l'enveloppe. Pas de carte. Pas de lettre. Un simple chèque d'un million, signé du prince Sératoff.—Vite, vite, s'écria la princesse, couchez mon fils dans ce berceau et emportez l'autre.—Puis pendant qu'on opère ce nouveau changement, elle relit le billet doux qu'elle vient de recevoir et elle murmure:—C'est lui le père, il s'est reconnu.—Et voilà, mon cher, pourquoi nous appelons le prince Michel Sobolewski, ou Sératoff si tu aimes mieux, Michel Berceau qui est son vrai nom sans erreur possible, car nous n'avons pas les mêmes raisons que sa mère pour savoir s'il est Russe, Allemand ou Français. Pour achever l'histoire il faut te dire que le million offert à la mère n'est pas venu entre les mains du fils, et comme le prince Sératoff n'a point conservé l'enthousiasme paternel de la première heure, Michel serait aujourd'hui dans une assez lamentable position si lord Harley n'était pas là: il est joueur, le jeune Michel et il ne gagne pas toujours. Mais nous voici à Saint-Paul. Assez de madame de la Roche-Odon. Si tu prononces encore son nom, je ne te réponds pas.
VI
La mère et le fils se retrouvèrent le soir pour dîner.
Et après dîner ils montèrent dans leur appartement.
Pour son fils, non pour elle, insensible aux exigences du bien-être, madame Prétavoine fit allumer du feu.
Et au coin de la cheminée, l'un vis-à-vis de l'autre, à mi-voix, bien que les portes eussent été soigneusement fermées, ils se racontèrent leur journée.
Madame Prétavoine ce qu'elle avait vu et entendu chez madame de la Roche-Odon.
Aurélien, les histoires de son ami Vaunoise.
Sans doute ils ne tenaient pas encore la victoire; c'eût été trop beau pour le premier jour.