—M. Filsac va un peu loin dans son zèle.
—C'est justement la réponse que je lui ai faite pour moi; car enfin, en ce qui me touche, je ne pouvais me charger de cette cause à plaider qu'en prenant parti dans la querelle qui vous divise, vous et M. votre beau-père, et c'eût été une inconvenance de ma part.
Madame de la Roche-Odon ne répondit pas un mot, et madame Prétavoine ne tira de cette tentative qu'un doute de plus. Était-ce seulement parce qu'il lui déplaisait de recommencer des procès, que madame de la Roche-Odon ne voulait pas émanciper sa fille? Était-ce au contraire parce qu'elle attendait la mort prochaine du comte de la Roche-Odon, si bien qu'elle aurait pendant un certain temps l'administration de la fortune, que sa fille non émancipée, recueillerait dans cet héritage?
Comme madame Prétavoine, décidée à en rester là pour cette première visite, s'était levée et allait prendre congé de Madame de la Roche-Odon, un jeune homme entra dans le salon.
Il pouvait avoir vingt ans environ; il était de haute taille, avec une grosse tête blonde sur de larges épaules; le visage était imberbe, sans même un léger duvet; le nez écrasé, l'oeil petit, rond, mais brillant, la bouche largement fendue, avec des dents blanches et pointues; en tout un être baroque et qui à première vue était loin d'inspirer la sympathie.
—Mon fils le prince Michel Sobolewski, dit madame de la Roche-Odon.
Puis se tournant vers madame Prétavoine:
—Madame Prétavoine de Condé-le-Châtel, qui veut bien nous apporter des nouvelles de Bérengère.
Tout d'abord le prince Michel avait regardé cette vieille femme vêtue de noir, d'un coup d'oeil indifférent qu'on accorde à une domestique ou à une fournisseuse.
Cette présentation amena un sourire sur ses lèvres pâles.