Au fond de l'âme se trouvait le sentiment religieux, et pour le moment cela suffisait; lorsque ce sentiment serait développé par l'instruction, il arriverait tout naturellement au catholicisme: il ne pouvait pas en être autrement.
Au moins telle était la conviction de M. de la Roche-Odon.
D'ailleurs il comptait sur un auxiliaire tout-puissant dans la tâche qu'il assumait—l'amour.
Si le capitaine n'avait pas vu le but auquel tendait le comte, il le verrait certainement un jour, et alors il comprendrait comment il pouvait obtenir Bérengère.
Ce jour-là l'indifférence serait vaincue, et si l'instruction était alors assez avancée, la conversion se produirait immédiatement, non par intérêt, mais par élan sympathique, par communauté d'idées, par ce sentiment qui est l'essence même de l'amour et qui fait que nous voyons ce que voit la personne aimée, que nous croyons ce qu'elle croit, que nous aimons ce qu'elle aime.
Les espérances de M. de la Roche-Odon furent si vives, sa confiance dans une heureuse conclusion s'établit si fermement qu'il crut pouvoir faire part de son projet à Bérengère,—au moins en ce qui touchait la conversion du capitaine, et sans lui rien dire, bien entendu, de ce qui résulterait de cette conversion. A ses yeux, cette explication aurait l'avantage d'empêcher Bérengère de chercher ce qui motivait leurs entrevues fréquentes et leurs longs entretiens.
Aux premières paroles de son grand-père elle se troubla et pâlit; mais peu à peu elle se remit.
—Et tu as bon espoir de réussir? demanda-t-elle, avec un léger tremblement de voix qui trahissait son émotion intérieure.
—Sans doute; cependant je ne peux rien affirmer, et ce serait aller trop vite et trop loin de considérer cette conversion comme accomplie: il faut attendre.
—Ce serait un grand bonheur.