M. de la Roche-Odon comprit que le capitaine cherchait à ne pas répondre, et il éprouva un moment d'hésitation.
Mais il était trop engagé maintenant, trop avancé pour reculer.
—Le travail, c'est ce qui nous ennuie, n'est-ce pas? dit-il en souriant.
—Oh! certes non! en tous cas, pas pour moi; ainsi, je vous assure que les choses de mon métier me plaisent et que je les aime; néanmoins, quand je m'en occupe, elles sont un travail pour moi, et elles en sont si bien un que je ne suis plus en disposition d'en accepter un autre quand je les abandonne; c'est ce qui explique la présence de ces livres dans mon cabinet; ils remplacent pour moi les distractions du cercle ou du café.
Le capitaine était décidé à ne pas répondre; mais, de son côté, le comte était décidé aussi à aller jusqu'au bout de son interrogatoire.
Alors quittant le ton dégagé qui d'ailleurs ne convenait ni à son âge ni à son caractère, il redevint lui-même:
—Mon cher capitaine, dit-il d'une voix grave, vous savez quelle est mon estime pour vous, quelle est mon amitié, si vous ne les avez pas devinées je tiens à vous affirmer qu'elles sont grandes, très-grandes, plus je vous vois, plus je m'attache à vous, et bien souvent j'ai regretté que vous ne soyez pas mon fils.
Le capitaine se sentit perdu; il balbutia quelques paroles de remerciement.
—Je pense, j'espère que de votre côté, vous ressentez pour moi quelques-uns des sentiments que j'éprouve pour vous, continua M. de la Roche-Odon, et, si je m'en rapporte à nos relations, il est bien certain qu'il existe entre nous une réelle sympathie, non-seulement de coeur, mais encore d'esprit. Cependant il y a un point sur lequel nous ne nous sommes jamais expliqués. Je veux parler de nos idées religieuses. Quand je dis que nous ne nous sommes pas expliqués, c'est une mauvaise façon de m'exprimer, car il n'est pas nécessaire que je vous fasse une profession de foi pour que vous sachiez quelles idées sont les miennes.
Comme le capitaine ne répliquait rien, le comte insista: