Un jour il diminuait de quelques grammes sa portion de pain, se figurant qu'il avait trop mangé; le lendemain il ajoutait un légume à sa côtelette, se demandant si ce n'était pas la faiblesse qui avait causé le malaise dont il avait souffert.
Pour l'affaire la plus importante, il n'eût pas retardé son coucher ou son dîner de dix minutes.
Et il eût traité en ennemi quiconque l'eût fait mettre en colère.
S'il avait accepté les propositions de madame Prétavoine, ç'avait été malgré les conseils de Painel, et aussi malgré sa propre répugnance, pour se débarrasser des tracas journaliers qui troublaient sa digestion et son sommeil.
Et cela non pour mieux dormir ou pour mieux manger, mais pour se garder en bonne santé, en éloignant de lui tout ce qui pouvait déranger la régularité de sa vie.
Et à sa prière du matin ainsi qu'à celle du soir, il en ajoutait une spéciale qu'il avait composée pour demander à Dieu de prolonger ses jours jusqu'au moment décisif: «O mon Dieu! envoyez-moi sur cette terre toutes les souffrances physiques et morales, humiliez-moi, frappez-moi dans ce qui m'est le plus agréable et le plus doux, mais, je vous en supplie, laissez-moi vivre assez pour sauver mon enfant.»
Pendant trois années il avait tout ramené à cette espérance.
Et voilà que tout à coup la parole du vieux notaire la démolissait brusquement.
Il tombait dans le vide.
Était-ce possible?