Alors tout en se promenant dans la cour au milieu des vaches et des poulinières qui passaient en liberté, M. de la Roche-Odon expliqua son affaire: lui était-il possible, au cas où il voudrait marier sa petite-fille, de forcer la vicomtesse de la Roche-Odon à consentir à ce mariage? Il savait que la loi exigeait ce consentement. Il savait d'autre part que la vicomtesse le refuserait. Mais ce qu'il ne savait pas et ce qu'il demandait, c'était s'il n'y avait quelque moyen de procédure de tourner cette double difficulté. Il était prêt à tout, même à un procès.

Le vieux notaire secoua la tête.

—Aucun moyen de procédure, dit-il, madame la vicomtesse de la Roche-Odon, veuve, se trouve investie seule de la puissance paternelle, et seule elle peut l'exercer comme elle l'entend, selon son caprice ou son intérêt.

—Je ne prévoyais que trop votre réponse, mon cher Painel, et c'est plutôt par acquit de conscience que par espérance que je suis venu vous consulter.

Et il baissa la tête, accablé, désespéré.

Ils s'étaient arrêtés dans leur marche, et le bonhomme Painel avait profité de ce moment de repos pour tirer de la poche de son gilet une tabatière en corne; il l'ouvrit et se bourra le nez de tabac si complétement, qu'il ne pouvait plus respirer que par la bouche.

Alors sa vieille figure tannée et ridée prit une expression de malice.

—Je vous parlais de l'intérêt de madame la vicomtesse, dit-il, on s'entend toujours avec les intérêts.

—Comment cela?

—Voilà mon voisin, j'ai besoin de passer à travers son herbage pour aller à la rivière: il m'en empêche et je ne peux rien contre son droit, qu'il tient de la loi; alors je lui fais une proposition.