—Vous me payez 12,545 francs?
—Le 16; maintenant, si cela ne vous convient pas ainsi, faites ce que vous voudrez; seulement, je vous préviens que votre obstination pourra vous coûter cher, très-cher.
Le créancier se défendit encore pendant quelques instants, puis il finit par partir et Poirier revint dans le cabinet.
—Excusez-moi, cher ami, c'était un créancier à congédier, car j'ai encore quelques créanciers; reprenons notre entretien. Je disais que le prince était pour moi plein de bienveillance et que je vous offrais mon appui près de lui: je vous emmène donc à l'Élysée et je vous présente; le prince est très-sensible aux dévouements de la première heure, j'en suis un exemple.
—Je vous remercie...
—N'attendez pas que le succès ait fait la foule autour du prince, venez et prenez date pendant qu'il en est temps encore; plus tard, vous ne serez plus qu'un courtisan; aujourd'hui, vous serez un ami.
—Ni maintenant, ni plus tard. Je vous suis reconnaissant de votre proposition, mais je ne puis l'accepter.
—Ne soyez pas «belle âme,» mon cher Saint-Nérée, et réfléchissez que le prince va être maître de la France et qu'il serait absurde de ne pas profiter de l'occasion qui se présente.
—Pour ne parler que de la France, je ne vois pas la situation comme vous.
—Vous la voyez mal, le pays, c'est-à-dire la bourgeoisie, le peuple, le clergé, l'armée sont pour le prince.