—Hélas!
—Je ne dis pas hélas comme vous, car comment gouverner un pays si tous les hommes gardaient les illusions de la jeunesse? Enfin voici ce que j'ai à vous offrir. S'il n'y a qu'aux États-Unis qu'on se batte en ce moment, on pourrait bientôt se battre ailleurs, c'est-à-dire au Mexique. Vous savez que l'Espagne, l'Angleterre et la France ont des réclamations à adresser à ce pays pour des dettes qu'il ne paye pas. Si le Mexique ne s'exécute pas de bonne volonté, on l'exécutera par la force. Les choses en sont là pour le moment, et ce qui rend une expédition assez probable, c'est que dans les réclamations de la France, se trouve une créance qui est une affaire personnelle pour l'un des maîtres de notre gouvernement. En un mot, un banquier de Mexico nommé Jecker demande au gouvernement mexicain quinze millions de piastres, et sur cette somme il abandonnera 30 pour 100 à un de nos amis, si celui-ci parvient, par un moyen quelconque, à le faire payer. Vous comprenez, n'est-ce pas, que si un tel personnage est dans l'affaire, il saura en tirer parti, et que, coûte que coûte, il la poussera jusqu'au bout?
—Jusqu'à faire la guerre?
—Jusqu'à tout. Mais cette affaire n'est pas celle que je veux vous proposer. Le puissant associé qu'a su trouver Jecker a éveillé des convoitises au Mexique. On a pensé ne pas s'en tenir au recouvrement des créances, et l'on est venu m'offrir l'achat de mines d'or, d'argent et de diamants dans deux provinces. Ces mines, paraît-il, sont d'une richesse extraordinaire, et elles pourraient être la source d'une immense fortune pour ceux qui les exploiteront. Je ne puis aller au Mexique voir ce qu'il y a de vrai dans ce qu'on me raconte: voulez-vous y aller à ma place?
—Je ne verrais rien; je ne connais pas les mines.
—Vous savez l'espagnol, et, de plus, vous êtes le seul homme en qui j'aie une confiance absolue; d'avance, je suis certain que vous ne tâcherez pas de prendre pour vous seul l'affaire que je vous offre, et que vous vous contenterez de la part qui vous sera faite, laquelle part, bien entendu, sera considérable. Quant à ce qui est des mines, je vous donnerai un ingénieur que vous dirigerez et qui vous renseignera sur la partie technique de l'affaire.
—Je vous demandais la guerre et c'est la fortune que vous me proposez.
—La guerre n'était-elle pas pour vous une occasion de faire fortune? prenez celle qui se présente, elle est moins dangereuse et plus sûre. Pour vous montrer une partie des chances qu'elle offre, je dois ajouter à ce que je vous ai dit que j'ai l'espérance de la faire accepter par l'empereur. Déjà il a été question pour lui d'acheter la terre d'Encenillas, dans la province de Chihuahua. Mon affaire est beaucoup plus belle; je crois qu'elle pourra le tenter. Il a toujours eu les yeux tournés vers le Mexique; autrefois, il a voulu percer l'isthme de Tehuantepec et depuis il s'est enthousiasmé pour le triomphe des races latines dans l'ancien et le nouveau continent. Si je l'entraîne dans mon projet, c'est pour nous la fortune la plus considérable qu'on puisse rêver; c'est l'exploitation des mines du Mexique qui, pendant plusieurs siècles, a fait la grandeur de l'Espagne. Cela vaudra bien les 75 millions de notre ami.
Pendant plus d'une heure, il m'exposa aussi son idée que je résume dans ces quelques mots; puis il me donna jusqu'au lendemain pour lui rapporter une réponse définitive.