«Je suis marié et j'ai une petite fille... Eh bien! je prie Dieu chaque soir qu'il inspire aux Prussiens une invasion dans notre pays: j'aurais l'occasion d'en tuer.

«Au revoir, monsieur, mais chut!--pas une syllabe à personne ni de mon nom, ni de l'acte que j'accomplis.»

Ça vous met de la joie au coeur, des lettres comme ça. On voit qu'on n'est pas abandonné, au moins. Ces manifestations sympathiques doivent remonter rudement le moral de nos troupes. Pourtant, le 24, on apprend que Bazaine est coupé. Il est vrai qu'on annonce, aussitôt, «que le maintien des communications du maréchal avec Verdun et Châlons n'entrait pas dans les plans du commandant en chef».

«La situation du maréchal Bazaine, dit un journal, est le résultat d'une tactique heureuse. Les Prussiens sont furieux de voir qu'il s'obstine à rester sous Metz.»

Il faut voir comme on se moque, maintenant, du roi de Prusse, de son fils--notre Fritz--et de ses généraux! Quant aux simples Prussiens, ce sont des misérables qui meurent de faim; mais la France est toujours charitable: lorsque nous les aurons vaincus--et le jour de la victoire est proche--nous ouvrirons une souscription pour les nourrir.

--Et pourtant, dit mon père, ces gens-là ont recours, pour escamoter la victoire, à des procédés bien odieux.

--Je crois bien! s'écrie ma soeur, ils empoisonnent les fontaines, ils brûlent les villages, ils envoient des espions partout et il paraît même que vingt navires formidablement armés viennent de partir d'Amérique, emportant une quantité considérable de flibustiers, tous allemands; ces pirates se proposent de débarquer dans les ports ouverts de France, et de les mettre au pillage!

--Oui! mais à bon chat, bon rat! ricane M. Pion qui vient d'entrer, un journal à la main. Son excellence le comte de Palikao a lu aujourd'hui à la Chambre une dépêche ainsi conçue:

«Corps franc composé de quelques Français a pénétré sur territoire badois; trains badois manquent aujourd'hui.»

Il y a un instant de stupéfaction. Ma soeur revient la première à elle.