--A la Présidence! Ah! bah! Ah! bah!...
--Oh! on leur devait bien cela. Des Alsaciens! Des enfants de ces malheureuses provinces sacrifiées... Les Alsaciens avant tout! Voilà le mot d'ordre, aujourd'hui... Et c'est justice...
--Je crois bien!...
Nous arrivons au cimetière. L'inhumation a lieu rapidement. Et, de toutes les larmes qui se répandent sur la tombe du vieillard, ce sont peut-être celles que je verse qui sont encore les plus sincères...
La cérémonie est terminée; les fossoyeurs achèvent de combler la fosse. On se sépare à la porte du cimetière. Ma soeur, les yeux tout rouges, rentre en voiture à la maison avec Mme de Folbert et son fils. Moi, je suis mon père qui se rend à pied chez l'imprimeur dont il veut acquitter la facture. Le père Merlin nous accompagne.
Mon père semble déchargé d'un grand poids. Les idées funèbres ne le tourmentent pas. Il parle de choses quelconques, de la pluie et du beau temps, et enfin, de politique.
--Oui, nous avions raison de ne pas désespérer, pendant la guerre. Nous avons été battus, c'est vrai, mais nous nous relevons dans la guerre civile. Non, la patrie n'est pas morte! Elle est plus vivante que jamais; et les Prussiens, à Saint-Germain et à Saint-Denis, assistent avec rage à son réveil. Est-ce qu'on a le droit de douter d'un peuple qui, pour vivre, n'hésite pas à couper le mal à sa racine, à s'amputer héroïquement? Oui, nous avions raison. Il faut élever nos coeurs! Debout! Encore plus haut! Sursum corda! Il s'agit de prendre notre revanche aujourd'hui. La grande! La définitive! La patrie est forte, maintenant qu'elle vient de recevoir, dans sa victoire sur la Commune, le baptême de sang nécessaire. Ce sang lave toutes les hontes passées: nous n'avons plus de boue à essuyer, nous n'avons qu'une revanche à prendre. Haut les coeurs!...