--Quoi donc? m'a-t-il demandé d'en bas.

--Madame Arnal... Elle est contre sa croisée, dans sa chambre... et elle embrasse le Prussien..., son blessé prussien... Tenez! tenez! elle l'embrasse!

--Ce n'est que cela! a crié le vieux en redescendant les trois marches qu'il venait de monter. Eh! parbleu, naturellement, qu'elle l'embrasse... Un concubinage en règle...

Ah! c'est ça, le concubinage... Tiens! tiens! tiens!... Et Mme Arnal qui disait que c'était si vilain?... Ah! ah! ah!... Un concubinage en règle...


Le moment me semble pourtant mal choisi pour embrasser les Prussiens... Le bombardement de Paris a commencé hier et ç'a été, toute la nuit, un roulement de tonnerre ininterrompu. Je n'ai pas pu dormir. Chacun des coups de canon me faisait tressaillir dans mon lit et je me sentais rougir, dans l'ombre, en pensant que mon père avait aidé à mettre en batterie ces pièces qui crachaient la mort sur la grande ville.

Il a dû gagner de l'argent, avec les Prussiens, car il semble bien joyeux depuis quelque temps. Une ombre, cependant, a passé sur son front, ce matin, lorsqu'il a appris, par deux artilleurs allemands que nous hébergeons, que les obus dépassaient la rue Saint-Jacques. Si le chantier de Paris était atteint! Dame! pourquoi pas? Les artilleurs ont désigné, sur un plan de la capitale, comme ayant déjà souffert des projectiles, le Panthéon et le Luxembourg. Ah! sapristi!...

M. Legros se méprend à l'expression soucieuse du visage de mon père.

--Les Prussiens, dit-il, veulent prendre Paris par la famine et ils ne tiennent pas, les brigands, à imiter nos zouaves à l'assaut de Sébastopol. Mais, soyez tranquille, un de ces jours, les nôtres vont faire une sortie en règle et forcer les casques à pointes à sortir de leurs retranchements. Ah! si les Français venaient seulement jusqu'à Versailles! nous sommes ici dix mille hommes...