A quoi bon? Malgré les rodomontades des Allemands, les bonnes nouvelles se succèdent. On remarque que, depuis quelques jours, une animation inaccoutumée règne dans le camp ennemi. Les Prussiens élèvent partout d'énormes retranchements. Ils viennent aussi d'arracher tous les rails des chemins de fer et les emportent dans des voitures. Qu'en font-ils? On parle mystérieusement de locomotives blindées qui devaient, pendant la nuit, transporter les troupes françaises en plein coeur de Versailles; on parle de ceci, de cela...
Pourtant, il faut se rendre à l'évidence: Metz a capitulé; il n'y a plus à en douter. Alors, c'est un concert de malédictions. On injurie Bazaine sur tous les tons possibles.
--C'est un traître! un bandit! un vendu!
Et le grand mot revient, le grand mot qui souligne toutes les catastrophes.
--C'est infâme!
--Le coup est bien douloureux pour Versailles, dit M. Legros. Il atteint dans son honneur la ville qui a donné le jour au général en chef de l'armée de Metz. Mais, ajoute-t-il, il ne faut pas désespérer. Nous avons juré d'élever nos coeurs. Que notre devise soit celle du gouvernement de la Défense nationale: A outrance!
On applaudit le marchand de tabac. Je voudrais bien l'applaudir comme les autres, mais quelque chose m'en empêche.
L'autre jour, une colonne de prisonniers français s'est arrêtée devant chez lui. Ces malheureux mouraient de soif.
--Donnez donc à boire à ces braves gens! a crié l'officier prussien qui commandait l'escorte, en se tournant vers l'épicerie.