On ne le dirait guère. Ils ont des figures larges comme des derrières de papes, grasses comme des calottes de bedeaux et rouges comme des pommes d'api.

L'autre jour, j'ai assisté avec M. Legros au passage d'un cercueil allemand qu'on portait au cimetière.

--Les Prussiens tombent comme des mouches, m'a dit l'épicier; du reste, on s'aperçoit bien qu'ils sont tous malades.

Encore une maladie comme ça et on ne leur verra plus les yeux.

On ne parle partout, dans la ville, que d'un succès prochain, définitif. Mme Arnal a complètement abandonné son blessé qui se promène mélancoliquement, tout seul, en s'appuyant sur une canne. Je l'ai rencontré: il a l'air de s'amuser comme un curé sans casuel. A la maison, tous les soirs, nous nous livrons aux combinaisons stratégiques les plus extravagantes. Le père Merlin qui nous a surpris, deux ou trois fois, au milieu de nos calculs fantastiques, s'est moqué de nous très ouvertement. Ma soeur est furieuse contre lui. Elle prétend qu'il n'a jamais été Français et qu'il pourrait très bien être vendu aux Prussiens.

--On a vu des choses plus drôles, dit M. Zabulon Hoffner en branlant le menton.

Et Mme Arnal s'écrie:

--C'est un vieux rossignol à glands!

Parfois, lorsque nous n'avons pas d'Allemands à loger, Louise se met au piano et attaque la Marseillaise en sourdine. M. Hoffner l'accompagne.

Il chante comme une serrure.