Catherine ne tarit pas d'éloges sur son frère.
--Vous auriez dû vous engager dans son régiment, fait mon père. Vous avez la taille, je crois?
--Ah! monsieur, si ç'avait été possible! Comme je l'aurais soigné!
Mon père et ma soeur rient aux éclats. Je ne sais pas pourquoi, mais je leur en veux de leur rire.
A vrai dire, je leur en veux de moins en moins. J'ai eu beaucoup d'affection pour Catherine, autrefois, mais je m'en suis détaché insensiblement. M'ayant connu au berceau, elle a continué à me traiter en enfant; elle ne peut arriver à se figurer que je vais être bientôt un homme. Il y a dans sa tendresse pour moi quelque chose qui sent la nounou, le lange, le hochet. Elle a, en nouant ma cravate, le matin, des petits tapotements très doux, des lissages d'étoffes, de ces gestes qui ajustent les robes de bébés--qui arrangent les bavettes.--Et puis, au point de vue intellectuel, nous avons cessé toutes relations. Elle a un mot qui explique tout et qui a fini par me déplaire. A toutes mes questions sur les chiens écrasés, les aveugles et les boiteux, les chevaux qui se cassent une jambe et les morts qu'on mène au cimetière, elle faisait la même réponse: «C'est le bon Dieu qui l'a puni.»
--Catherine, sais-tu pourquoi le poisson rouge qui était dans l'aquarium est mort?
--C'est le bon Dieu qui l'a puni.
Ça m'a paru insuffisant--et douteux.
Aujourd'hui, je me demande comment j'ai pu arriver à trouver du plaisir dans la société d'un être aussi borné. Je la méprise un peu. Elle m'ennuie beaucoup. Elle s'en est aperçue, et en souffre.
Tant pis.