--Il faut être là, voyez-vous... Les malades, c'est un peu comme les enfants...
Et elle ajoute, tout bas:
--Je n'ai qu'une peur, mais une peur terrible: c'est de finir par porter trop d'intérêt à mon blessé. A force de voir souffrir les gens, on s'y attache; on ne les considère plus comme des ennemis... Ah! savoir concilier ses obligations d'infirmière avec ses devoirs de Française!... C'est à faire tourner la tête!... l'humanité!... la patrie!... Je me sauve. A tout à l'heure...
M. Zabulon Hoffner, qui vient nous voir assez souvent, maintenant, se contente d'affirmer que la guerre, c'est bien gênant.
--Les routes sont toutes défoncées; on ne peut même pas aller à Buc sans se crotter jusqu'aux genoux.
M. Legros prétend ne pas se faire de bile.
--A quoi ça servirait-il? Ce qui doit arriver, arrive. Moi, je suis fataliste.
Depuis l'arrivée des Prussiens, pourtant, il paraît avoir engraissé. Ma soeur, justement étonnée de cet embonpoint subit, a été malicieusement aux informations et la marchande de tabac, trop confiante, a livré naïvement le secret de la corpulence exagérée de son époux: M. Legros se plastronne--plastron par devant, plastron par derrière.--On assure même qu'il ne tourne pas le coin d'une rue, à partir de cinq heures du soir, sans crier: «Ami! Ami!» à tue-tête.
Qu'y a-t-il de vrai là dedans?