--Vous savez qu'il y a des Prussiens ici?

--Qu'est-ce que ça me fait! Je ne vois que ça et des chiens, depuis bientôt huit jours.

Germaine expose à mon grand-père l'objet de sa visite. Il paraît que les Allemands qui se sont installés à Moussy ont déclaré que toute maison inhabitée appartient aux soldats et qu'ils considèrent comme telle toute habitation où ne résident que des domestiques.

--Et ils les arrangent bien, vous savez, les maisons inhabitées. On dirait qu'ils ne rêvent que plaies et bosses, ces animaux-là.

--Ont-ils commis des dégâts à la maison? demande mon grand-père anxieux.

--Non; mais, depuis hier, nous en avons cinq à loger. Et ils mangent, vous savez! L'argent file d'une drôle de façon. Il faudra même que monsieur m'en donne, si monsieur ne revient pas avec moi... Mais monsieur ferait mieux de revenir.

--Et au Pavillon? demande ma soeur.

--Oh! au Pavillon, ils sont toute une tripotée: quinze ou vingt, au moins; c'est là que demeure le commandant.

--Ah! mon Dieu s'écrie Louise. Cette pauvre tante Moreau! Comme elle doit avoir peur!

--Après ça, dit Germaine, ils ne sont pas trop méchants. Il faut dire aussi que le maire Dubois les contient beaucoup. Tout le monde dans la commune trouve qu'il se conduit très bien.