--Il faut fermer tous les contrevents des fenêtres qui donnent sur la rue, répond mon père, verrouiller les portes et, ma foi... déjeuner en attendant les événements... Ce sera toujours un déjeuner que les Prussiens n'auront pas.

Nous déjeunons tristement, du bout des dents, échangeant nos craintes, nous faisant part de nos pressentiments. Et nous parlons de la tante Moreau, aussi, qui n'a pas voulu quitter le Pavillon, qui a refusé de venir à Versailles.

--Elle aurait pourtant été plus en sûreté ici, dans une ville, qu'en pleine campagne, dit Louise.

--Ah! s'écrie mon grand-père, j'ai pourtant fait tout ce que j'ai pu pour la décider. Je lui ai dit: «Vous voyez bien; moi, je suis un homme et je pars. Si, dans quelques jours, il n'y a pas de danger, je reviendrai. Venez avec moi. Nous reviendrons ensemble, s'il y a lieu. Barbier sera enchanté de vous offrir l'hospitalité...»

--Parbleu! s'écrient mon père et ma soeur.

--Elle s'est obstinée à rester quand même. Savez-vous ce qu'elle m'a répondu: «Que voulez-vous que les Allemands fassent à une vieille bonne femme comme moi? Il faudrait être bien méchant pour me faire du mal.»

--Pauvre tante, fait Louise en s'essuyant les yeux.

--Je souhaite, dit mon père...

Mais un coup de sonnette nous fait tressaillir. Nous regardons à la pendule: midi et demi. Nous n'attendons personne à cette heure-là...

Qui peut sonner? Qui peut avoir sonné? Ouvrira-t-on? N'ouvrira-t-on pas?