Au moment où elle quittait l'appartement, mon cœur se brisa, et je fondis en larmes, comme la veille, à la fenêtre de la chapelle. Edmée s'arrêta sur le seuil, hésita un instant; puis, entraînée par la bonté de son cœur et surmontant ses craintes, elle revint vers moi, et, s'arrêtant à quelques pas de ma chaise:

—Bernard, vous êtes malheureux, me dit-elle; est-ce donc ma faute?

Je ne pus répondre, j'étais honteux de mes larmes; mais plus je faisais d'efforts pour les retenir, plus ma poitrine se gonflait de sanglots. Chez les êtres aussi physique ment forts que je l'étais, les pleurs sont des convulsions; les miens ressemblaient à une agonie.

—Voyons! dis donc ce que tu as! s'écria Edmée avec la brusquerie de l'amitié fraternelle.

Et elle osa poser sa main sur mon épaule. Elle me regardait d'un air d'impatience, et une grosse larme coulait sur sa joue. Je me jetai à genoux et j'essayai de lui parler, mais cela me fut encore impossible; je ne pus articuler que le mot demain à plusieurs reprises.

—Demain? quoi donc, demain? dit Edmée; est-ce que tu ne te plais pas ici? est-ce que tu veux t'en aller?

—Je m'en irai si vous voulez, répondis-je; dites, voulez-vous ne me revoir jamais?

—Je ne veux point de cela, reprit-elle; vous resterez ici, n'est-ce pas?

—Commandez, répondis-je.

Elle me regarda avec beaucoup de surprise; je restais à genoux; elle s'appuya sur le dos de ma chaise.