—Pourquoi donc pleurez-vous, Bernard?
Je cédai à cette douce violence, moitié honteux d'avoir laissé surprendre le secret de ma faiblesse, moitié ravi de voir qu'Edmée n'y était pas insensible.
—Quel chagrin avez-vous donc? reprit-elle. Qui peut vous arracher de tels sanglots?
—Vous me méprisez, vous me haïssez, et vous demandez pourquoi je souffre, pourquoi je suis en colère!
—C'est donc de colère que vous pleurez? dit-elle en retirant son bras.
—C'est de colère et d'autre chose encore, répondis-je.
—Mais quoi encore? dit Edmée.
—Je n'en sais rien; peut-être de chagrin, comme vous avez dit. Le fait est que je souffre; ma poitrine se brise. Il faut que je vous quitte, Edmée, et que j'aille vivre au milieu des bois. Je ne puis pas rester ici.
—Pourquoi souffrez-vous tant? Expliquez-vous, Bernard; voici l'occasion de nous expliquer.
—Oui, avec un mur entre nous. Je conçois que vous n'ayez pas peur de moi ici.