Marcasse secoua la tête et ne répondit rien. Nous fîmes encore un tour à la métairie avant de partir. Marcasse fut très frappé d'une chose que je n'eusse pas remarquée. Le métayer voulut me présenter à sa femme; mais elle ne voulut jamais me voir et alla se cacher dans sa chènevière. J'attribuais cette timidité à la sauvagerie de la jeunesse.

—Belle jeunesse, ma foi! dit Marcasse; une jeunesse comme moi, cinquante ans passés! Il y a quelque chose là-dessous, quelque chose là-dessous, je vous dis.

—Et que diable peut-il y avoir?

—Hum! elle a été bien dans son temps avec Jean Mauprat. Elle a trouvé ce tortu à son gré. Je sais cela, moi; je sais encore bien des choses, bien des choses, soyez sûr!

—Tu me les diras quand nous reviendrons ici, lui répondis-je; et ce ne sera pas de sitôt, car mes affaires vont beaucoup mieux que si je m'en mêlais, et je n'aimerais pas à prendre l'habitude de boire du madère pour ne pas avoir peur de mon ombre. Si tu veux m'obliger, Marcasse, tu ne parleras à personne de ce qui s'est passé. Tout le monde n'a pas pour ton capitaine la même estime que toi.

—Celui-là est un imbécile qui n'estime pas mon capitaine, répondit l'hidalgo d'un ton doctoral; mais, si vous me l'ordonnez, je ne dirai rien.

Il me tint parole. Pour rien au monde, je n'eusse voulu troubler l'esprit d'Edmée de cette sotte histoire. Mais je ne pus empêcher Marcasse d'exécuter son projet; dès le lendemain matin, il avait disparu, et j'appris de Patience qu'il était retourné à la Roche-Mauprat sous prétexte d'y avoir oublié quelque chose.

[7]Les bouviers lient le joug avec des courroies aux cornes d'une paire de bœufs de travail.


[XVIII]