MOTUS. Ça n'est pas notre faute, citoyen prisonnier; on n'a pas les moyens de transport qu'il faudrait.

RABOISSON. Laissez marcher ceux de nous qui ne sont pas blessés.

MOTUS. Parle à l'officier, citoyen prisonnier: le voilà.

RABOISSON, (à Cadio, qui s'est approché.) D'abord, monsieur l'officier, nous ne sommes pas prisonniers à la rigueur, puisque nous nous sommes rendus par capitulation.

CADIO. Je crois que vous vous trompez, mais ce n'est pas à moi de prononcer en pareille matière.

RABOISSON. C'est juste. Alors, nous avons recours à votre humanité; laissez-nous marcher.

CADIO. Oui, à la prochaine côte.

RABOISSON. Merci, capitaine!

CADIO, (aux conducteurs.) En avant, allons! (Les charrettes prennent une allure un peu plus décidée, les soldats reforment leurs rangs. Motus reste en arrière pour visiter le pied engravé de son cheval. Cadio revient sur ses pas pour l'appeler.) Voyons, dépêche-toi! Il ne faut pas rester seul en arrière la nuit.

MOTUS. Ne crains rien, mon capitaine; j'ai un oeil derrière la tête... et, avec ta permission, je vois très-bien quelque chose de noir couché dans ce buisson.