MOTUS. Sans te commander, mon colonel, si je sonnais le ralliement..., ça donnerait du coeur et de l'ensemble aux camarades.

HENRI. Oui, oui, dépêche-toi! (Motus saute sur la fenêtre et sonne le ralliement. Tirefeuille, étendu par terre, auprès de la halle et mortellement blessé, se relève sur ses genoux, ramasse son fusil et ajuste Motus. Cadio, qui l'a vu, repousse Motus, et, s'élançant devant lui, recule et tombe.)

MOTUS. Ah! malheur! mort pour moi!

CADIO. Non, blessé enfin! C'est bon signe! Achève ta fanfare, tu ne risques plus rien! (Louise et Henri ont couru à Cadio, qui se relève sur ses genoux et se trouve aux pieds de Louise. Elle étanche le sang de son front avec son mouchoir.)

LOUISE, (éperdue.) Ah! pauvre Cadio! Est-ce qu'il va mourir?

CADIO. Je n'aurai pas cette chance-là de mourir où me voilà!

JAVOTTE, (lavant la blessure.) Je crois que ça n'est rien; la balle a ricoché.

MOTUS. Non, ce n'est rien; mais assieds-toi, mon ami.

CADIO, (serrant le mouchoir de Louise autour de son front et reprenant sa coiffure militaire.) Non, c'est le moment de sortir et de sabrer.

MOTUS, (qui a achevé sa fanfare.) Fais excuse, mon capitaine. Les chouans sont refoulés... ils reviennent sur la place... Ah! nos braves cavaliers, comme ils y vont! Tirons encore sur les chouans!