MOTUS, (à Javotte, qui porte un sac.) Courage, la belle fille! Forte comme un garçon meunier!
HENRI, (à sa tante.) De grâce, emmenez Louise, allez dans l'autre chambre. Dès que nous tirerons, il entrera ici des balles. Si nous succombons, vous n'aurez rien à craindre des assaillants, vous, ce sont vos amis...
ROXANE. Nos amis, c'est toi, et c'est pour toi que nous allons prier. (Elle passe dans l'autre chambre avec Louise, qui revient bientôt et se tient sur le seuil. La Korigane, sombre et morne, s'est assise dans un coin, ne se mêlant de rien et comme étrangère à l'événement. Les préparatifs sont finis. On écoute. Un profond silence règne au dehors.)
HENRI, (à Cadio.) C'est étrange, l'ennemi aurait-il quitté la partie?.
CADIO, (qui regarde par le trou du contrevent.) Non, je vois là-bas les vestes rouges que leur ont apportées les Anglais. Ils s'arrêtent, ils se consultent. Ils n'osent pas s'engager entre les feux de nos refuges. Il ne savent pas que nous n'en avons qu'un et que nous y sommes seuls!
MOTUS. Ah! les gueux! nous tenir comme ça bloqués, quand on aurait fait d'ici une si belle charge de cavalerie, s'ils n'avaient pas coupé les jarrets de nos pauvres bêtes!
CADIO. Mais les cavaliers encore montés dont nous nous sommes trouvés séparés, comment ne se sont-ils pas repliés par ici? L'ordre était donné...
MOTUS. Le lieutenant est jeune; il aura perdu la tête, il aura mal entendu.
HENRI. Où peuvent-ils être? Avec eux, rien ne serait perdu encore.
CADIO. Attention! voilà l'ennemi qui se décide.