ROXANE. Nous ne craignons rien de toi, puisque nous venons te trouver. Nous voilà comme Coriolan chez les... Je ne me souviens, plus, ça ne fait rien!

LOUISE. Nous venons d'apprendre que vous étiez ici, nous n'avons pas réfléchi, nous sommes accourues.

HENRI, (leur serrant les mains.) Vous avez bien fait, allez! merci!

ROXANE, (à Louise.) Je te le disais bien, que ce vaurien-là serait content de nous voir. Ah ça! misérable jacobin, tu ne m'embrasses donc pas?

HENRI, (l'embrassant.) Ah! de tout mon coeur, chère tante; mais parlons vite, il le faut. Est-ce vrai, tout ce que m'a dit la Korigane?

ROXANE. La Korigane? tu l'as vue?

HENRI. Elle sort d'ici.

ROXANE. Je pensais qu'elle nous avait abandonnées ou trahies. Que t'a-t-elle dit?

HENRI. J'ose à peine le répéter devant Louise.

LOUISE. Si elle a accusé M. de la Rochebrûlée, elle a eu tort. Je quitte sa maison parce que, le voyant lancé dans une expédition périlleuse et décisive, que du reste je n'approuve pas, je serais pour lui une préoccupation et un danger de plus. Quand les chefs d'insurrection quittent leurs demeures, on les brûle, et les femmes deviennent ce qu'elles peuvent. J'ai demandé asile à Marie pour quelques jours. De là, je compte, avec sa protection, gagner l'Angleterre, où M. de la Rochebrûlée viendra me rejoindre, si, comme je le crois, l'expédition échoue par la trahison des Anglais.