MARIE. Non, mais pour essayer de distraire les autres. Je me disais que, des autres cellules, des malheureux isolés comme moi m'entendraient peut-être et se trouveraient un instant soulagés par mon chant. Je ne pouvais que cela pour eux...

CADIO. Vous m'avez fait du bien, à moi! Je vous écoutais.

MARIE. Avez-vous été prisonnier aussi?

HENRI. Non... Il vous racontera à loisir comment il a vécu depuis le jour où vous vous êtes quittés à Saint-Christophe; et moi qui vous avais vue là aussi, j'aurai aussi bien des choses à vous dire, Marie!... A ce soir!...

CADIO. Je vais t'amener le cheval au bout du jardin, (Il sort.)

MARIE. Et moi, je vous reconduis jusqu'à la porte de l'enclos.

HENRI, (sur le seuil du jardin, tenant la main de Marie.) Eh bien, il est charmant, ce jardin abandonné; comme il est couvert et touffu! Qu'est-ce que c'est que ces grandes feuilles qui poussent jusque sur les marches de la maison?

MARIE. C'est de l'acanthe; comme c'est beau! et voilà des orties, des fraises, des oeillets, des ronces... Oh! que tout cela est nouveau pour moi! Je ne croyais pas revoir jamais un brin d'herbe, et je vois des feuilles, des fleurs... Et ces grands horizons bleus, ce sont des bois?... J'ai les yeux affaiblis, tout m'éblouit à présent; il me semble que je nage dans un rayon de soleil comme ces mouches qui commencent à bourdonner. Comme elles chantent bien, n'est-ce pas? Je ne chantais pas si bien que cela sur ma tourelle! Pourvu qu'on ne me reprenne pas!... Ah! j'ai peur! Voyez ce que c'est que le bonheur, on devient lâche tout de suite.

HENRI. Oh! vous, vous ne le serez jamais! et moi, je suis heureux aussi, allez, de vous avoir conduite à bon port dans ce joli nid de verdure. Adieu, Marie! non, au revoir! Reposez-vous; ce soir, nous causerons.

TROISIÈME TABLEAU