LE DÉLÉGUÉ. Pourquoi? Tu es las de servir la République?

HENRI. Non, monsieur. J'ai gagné mon épaulette en combattant l'étranger, je ne veux pas devoir un nouveau grade à la guerre civile. Si nous avons affaire ici aux Anglais, je serai fier de mériter mon avancement; mais contre des Français égarés... non! Je ne veux rien! Je vous prie de vous le rappeler.

LE PREMIER SECRÉTAIRE. Ta réserve est sophistique: tu n'as pas voulu de récompense pour avoir brûlé le château de ton oncle; dis cela tout bonnement.

HENRI, (indigné.) Qu'eussiez-vous fait à ma place?

LE SECRÉTAIRE. J'eusse accepté avec orgueil!

HENRI, (avec mépris.) Eh bien, tant pis pour vous! (Le secrétaire pâlit de colère. Le délégué lui fait signe de se contenir.)

LE DEUXIÈME SECRÉTAIRE, (à Henri.) Si le citoyen délégué est satisfait de tes réponses, nous devons en tolérer l'audace; mais tu as des renseignements à donner... (Consultant un gros cahier de notes.) Le traître Sauvières avait une fille, une soeur, des amis et des parents qui ont porté les armes, même les femmes!

HENRI. Les femmes, non. Mon oncle et le chevalier de Prémouillard ont été tués à l'affaire du Grand-Chêne. Je ne sais rien des autres.

LE DÉLÉGUÉ, (plus doux.) Étais-tu à cette affaire, jeune homme?

HENRI, triste. J'y étais.